Je suis trop jeune pour avoir connu la réforme du programme commun de la gauche, signée en 1972 par les partis de la gauche française.
Mais l'histoire me l'a appris.
Et cette histoire m’est précieuse. Car oui la gauche que j'ai appris à connaitre, appris à aimer, est une gauche d'union.
Une gauche de compromis, une gauche qui avait compris qu'à trois, on est presque toujours plus fort que tout seul.
Il était une fois cette gauche, qui modérait les radicaux, tempérait les extrémistes, autant qu’elle secouait les plus libéraux de son bord. Une gauche qui rappellerait à chacun de ses membres, que pour réussir il fallait rester à la fois modéré, et combatif ; engagé et inventif ; mais surtout unis.
Cette gauche a brillé dans tout l'occident, en Europe et en Amérique du Nord.
C'est sur cette idée de la gauche que j'ai fondé ma conscience civique, puis ma conscience politique. L'idée d'une gauche aspirant au bien être, ne se résignant jamais à l'idée d'accepter le monde tel qu'il est, quand bien même ce dernier tournerait en faveur de certains de ses partisans.
Cette gauche a impulsé des révolutions partout dans le monde, trop nombreuses pour être citées ici.
Sans cette gauche, le Monde ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui. Sans cette gauche, nous serions tous sous domination idéologique des URSS, ou des USA aux premières heures de la guerre froide.
Aujourd'hui, cette gauche se meurt, cette gauche implose.
Une partie de cette gauche n'a pas résisté à la tentation d'oublier ses combats originels, parce que trop embourgeoisée, affiliée à la religion de l'élitisme.
Elle a préféré pactiser avec les libéraux modérés, plutôt que poursuivre l'aventure avec la gauche de la gauche, quitte à poursuivre des débats passionnés, et des compromis parfois difficiles.
Alors la crise de notre génération venant, cette gauche est allée d'implosions en implosions. En Grèce, en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne, en France, aux Etats-Unis, et j’en passe. Dans tous ces pays, ma gauche est soit déjà défaite, soit en cours de décomposition.
En France, j'ai le privilège, que dis-je, la peine d'assister au premier rang, à ce moment historique. Bien qu'il ait commencé depuis plus de 10 ans, nous sommes proches du moment fatidique.
Pendant que certains se réjouissent d'avoir désormais deux gauches, moi je pleurs. Je pleurs car l'histoire à cela de tragique, qu'elle n'hésite pas à se répéter pour tenter de nous enseigner à nouveau, ce que nous n'avons manifestement pas compris.
Aussi longtemps que nous resterons divisés, nous serons invisibles, inaudibles, insignifiants.
Et cette histoire ne se termine que de deux façons, soit nous retrouvons la raison et le sens du compromis, soit la radicalité prendra le dessus. Tous ceux qui s'en rappellent, le savent.
A ceux qui se disent la gauche "sociale-démocrate" "sociale libérale" "du réel" "de gouvernement", et je ne sais quelles autres épithètes aussi floues que pompeuses.
J'aimerais vous dire que ces slogans ne font pas un projet de société. Vouloir gouverner et assumer des responsabilités, ne suffit pas à inventer un projet de vie, qui plus est humaniste, social et ambitieux.
Oui, car la gauche a le devoir d'inventer le Monde de demain, un Monde plus juste, un Monde où le bien être individuel et le progrès collectif sont aux cœurs des enjeux. Un Monde où à chaque défi nouveau, nous répondons par des opportunités et des promesses nouvelles.
La gauche a le devoir de brandir les utopies d'aujourd'hui, parce qu'en brandissant les utopies d'aujourd'hui, elles deviendront la réalité de demain.
Ce fut le cas du repos dominical, du salaire minimum interprofessionnel garanti, des congés payés, de la fixation d'un âge de départ à la retraite, de la limitation du temps de travail, de la couverture maladie universelle, etc.
Ce qui nous a semblé pendant longtemps banal, n'était rien d'autre que qu'une utopie de l'époque, portée par des humanistes. Certains de ces humanistes ont été des hommes de droite, et je les rends hommage tout autant car nul n'a le monopole du progrès social.
Aujourd'hui, une certaine gauche moque l'utopie, parce qu'elle veut gérer le réel.
Qu'elle s'en aille, gérer ce réel, au risque de porter la responsabilité d'avoir tué la Gauche.
Car ceux qui pensent que c'est impossible, sont priés de ne pas déranger ceux qui croient et essaient.
Que ma gauche unie et solidaire repose en paix.
#LeCombatContinue
JP.

Par Frederic Tournade — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=38184330