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A flux tendu

Un événement nous a tous fait réfléchir la semaine dernière : le grain de poussière volcanique.

 

Les vols au départ et à destination de quelques pays d’Europe de l’ouest ont du être interrompus.

C’est à ce moment que le monde s’est écroulé.

C’est événement m’a fait réfléchir à plusieurs niveaux.

 

Tout d’abord sur la fébrilité de notre rapport à la nature :

L’Eyjaflallajökull est un petit volcan islandais parmi 130. Dans le monde entier il existe bons nombres de volcans capables d’une plus grande activité.

Ce volcan est à sa quatrième éruption en 1500 ans. Et voilà que cette petite éruption qui a débuté le 20 mars a tout paralysé. Toute la communauté scientifique a été prise au dépourvu de ce petit événement. Je nous croyais plus fort que ça.

 

Notre rapport au fameux principe de « précaution » :

Lorsqu’on ne sait pas, il vaut mieux prendre le maximum de précautions. On l’a connu avec la grippe A, maintenant on le voit avec le nuage de cendres. Au fond ce principe est assez bien, même s’il donne l’image d’un monde qui serait devenu parano et qui boguerait pour un rien.

On n’a eu peur pour nos avions, alors on a d’abord tout arrêté, puis on a réfléchi, effectué les tests adéquats. Pour finalement se rendre compte qu’il y avait plus de peur que mal. On ne regrette pas pour autant : « principe de précautions », disent-ils.

Nos responsables ont de plus en plus peur d’être accusés de négligence, de ne pas avoir fait tout ce qu’il fallait. A tel point qu’ils appliquent dès qu’ils peuvent le principe de précaution.

 

Notre rapport à l’économie et à la mobilité :

Le zéro. Zéro délai, zéro défaut, zéro stock. Le monde fonctionne à flux tendu, un jour d’interruption bloque toute la machine. Nous sommes devenus hyper-dépendants du trafic aérien. La production mondiale de biens peut s’arrêter à cause d’un trafic aérien en panne. D’ailleurs ça a été le cas pendant cette petite période. Certaines entreprises asiatiques ont dû stopper leur production parce qu’ils leur manquaient des pièces qui devaient être acheminées depuis l’Europe de l’Ouest. Ils n’avaient pas de stock vu qu’il y avait le transport aérien qui marchait à plein régime.

Moi, à l’échelle de mon humble personne, j’ai dû modifier mon alimentation ces derniers jours, parce que certains ingrédients que j’ai l’habitude d’acheter, étaient en rupture de stock. Je me suis rendu compte que je mangeais très souvent comme si je vivais à 6000 km. Merci l’avion.

Voilà la conséquence d’un monde globalisé où tout est basé sur les échanges à travers toute notre planète. Notre production est constamment en mouvement, nos produits sont constitués par petits bouts à travers le monde, et nous consommons ce qui est produit très loin. Un grain de sable jeté en l’air peut tout bloquer.

 

Ensuite il y a eu les compagnies aériennes :

1 semaine en réduction de trafic = 1.7 milliard de dollars de manque à gagner. Elles ont besoin de prêts de la collectivité, au risque de mettre les clefs sous la porte. Quelle fragilité en seulement une semaine !

 

Notre rapport à la technologie :

Un ami me disait : « nous sommes mauvais, pour déplacer 80kg, nous utilisons une tonne » il parlait de la voiture comme moyen de déplacement.

Ce même ami m’a dit : « un nuage de cendre, ce qui doit être quand même banal vu le nombre de volcans sur cette terre, est dangereux pour nos avions ? Nous n’avons pas pu faire des appareils plus résistants ? Nous sommes quand même bien mauvais ! »

Si l’avion est si stratégique pour notre économie et notre mode de vie, il faudrait qu’il soit moins fragile.

 

Enfin, notre rapport au temps et à l’espace :

Un personnage célèbre dont le nom m’échappe disait : « nous ne pouvons plus prendre l’avion pendant une semaine, alors la terre nous parait d’un coup très grande ».

Cet événement nous a rappelé que notre terre était un vaste espace, que l’Asie était en Asie, et que 7000 km, c’était une distance incroyablement importante.

Cet événement nous a aussi fait comprendre combien est-ce que l’avion a changé nos vies. Le voyage devient banal et perd son côté expédition.

Nous sommes en permanence à 2 jours au plus, de notre lieu de vie courante. La semaine dernière, certains ont réalisé combien ils étaient loin de chez eux.

Ensuite notre rapport au temps, combien de gens avaient un emploi du temps serré, et un agenda chargé, de multiples rendez-vous entre 2 avions.

 

Le volcan a tout chamboulé : réunions manquées, événements annulés, invitations évitées. Pour une fois que nous n’étions plus maître de notre temps. Il a permis à certains d’apprécier le temps présent, de se rendre compte que ce qui les attendait n’était au fond, pas si important que ça, puisqu’ils l’ont raté et que le monde ne s’est pas arrêté pour autant.

 

Il nous a rappelés, ce petit volcan, qu’il faut savoir arrêter de courir après le temps. Et surtout qu’un grain de poussière peut tout arrêter à notre place.

Comme le disait Paolo Coelho « une épine, aussi petite soit-elle, oblige le voyageur à interrompre sa marche ».

 

Nous sommes au fond si fragiles et en même temps si pressés…

 


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