Voilà, il n'est nullement question de burqa, de hijab ou autres considérations. En effet, il est demandé aux femmes de ne montrer "de leurs atours que ce qui en parait". Chacun aura bien compris que cette phrase laisse libre court à toutes les interprétations possibles.
Les principales écoles de pensées coraniques, les 4 écoles de jurisprudence sunnites, ont conclu qu'il s'agit des mains et du visage : exit la burqa.
On voit ici l'importance d'étudier les textes. Cela permet de ne pas aborder la question du hijab et celle de la burqa de la même façon. L'une provient d'une assez bonne interprétation du coran, l'autre pas du tout. On ne peut pas y apporter la même réponse.
Je disais donc "exit la burqa". Mais on ne peut balayer la question si vite, sinon là encore on n'avancera pas. Il faut aller plus loin dans la réflexion. J'y reviendrai plus bas. Revenons d'abord aux textes.
Le voile a eu une autre vocation pendant la période du prophète :
"Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées. Dieu est Pardonneur et Miséricordieux."
Sourate Al-Ahzab, verset 59
Je n'ai pas grand chose à rajouter sur ce passage, le voile comme signe de reconnaissance, tout simplement.
Mais pourquoi certains ont entrevu une forme de burqa dans ces écrits ?
Il faut savoir que certaines écoles de pensées minoritaires basent leur prescriptions sur la vie du prophète. Et les femmes du prophètes portaient un voile intégral. Mais il faut aller un peu plus loin dans l'étude pour découvrir que les femmes du prophète avaient un traitement particulier qui n'avait pas du tout vocation à être la norme. Elles ne pouvaient par exemple pas se remarier à la mort du prophète tandis qu'il est clairement autorisé de le faire pour quiconque. D'ailleurs bien de comportements radicaux d'une petite partie des musulmans sont liés à une volonté de retranscrire non pas les prescriptions du coran, mais le mode de vie du prophète et de ses femmes.
Ainsi donc, le voile n'est ni une expression de la domination masculine ni un symbole de l'asservissement de la femme. Il est un signe de foi musulmane pour certaines, de pudeur en plus pour d'autres. Ce dernier point me semble très important, j'y reviendrai par la suite.
Le voile a cependant été envisagé maintes fois comme signe d'une supériorité de l'homme sur le femme. On ne peut pas l'occulter.
Si on décide de faire un tour du côté des écrits des autres religions du livre, on y découvre des choses assez surprenantes. Le port du voile date de bien avant l'avènement de l'Islam. Les juifs l'ont instauré, les chrétiens l'ont officialisé.
Extrait de la Bible, Première épître aux Corinthiens, 11 :6-9
"6 Si la femme ne porte pas de voile, qu'elle se fasse tondre! Mais si c'est une honte pour une femme d'être tondue ou rasée, qu'elle porte un voile ! 7 L'homme, lui, ne doit pas se voiler la tête : il est l'image et la gloire de Dieu ; mais la femme est la gloire de l'homme. 8 Car ce n'est pas l'homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l'homme, 9 Et l'homme n'a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme. "
Je peux m'arrêter là et laisser crier à l'indignation d'un tel passage. Mais il faudrait quand même rajouter la suite du texte :
Extrait de la Bible, Première épître aux Corinthiens, 11 : 10-12
10 C'est pourquoi la femme, à cause des anges, doit avoir sur la tête la marque de sa dépendance. 11 Pourtant, la femme n'est point sans l'homme, ni l'homme sans la femme. 12 Car, de même que la femme a été tirée de l'homme, de même l'homme naît de la femme, et tout vient de Dieu.
Voilà qui tente de rétablir l'équilibre. En conclusion de l'étude des textes, on retiendra que le voile tire son inspiration des textes saints, que le voile intégral est une invention post religieuse, qui n'existe pas dans le coran, que le voile hijab n'est pas évoqué dans le coran comme un signe de soumission, même si Saint Paul l'avait perçu comme tel.
Commencer la discussion sans étudier les textes saint, aurait conduit à esquiver le problème. Terminer la discussion juste après l'étude des textes serait l'esquiver de la même manière.
On va, à ce stade de l'étude séparer la problématique en trois parties :
1) Le port du voile Hijab
2) Le port de la burqa
3) L'Islam et la laïcité, l'Islam et le vivre ensemble.
La séparation des deux premiers points est évidente. Mon introduction sur les textes a montré que si le premier point peut être une question religieuse, le deuxième ne doit pas l'être. Leur seul point commun est que lorsqu'ils sont mal traités, ils stigmatisent la même communauté, la communauté musulmane. On reviendra sur ce sujet. Au passage, je salue le travail des parlementaires français qui n'ont jamais mélangé ces deux questions.
La distinction entre le deuxième point et le troisième doit être aussi évidente que précédemment. la burqa n'est pas islamique, alors on ne peut pas ouvrir un débat sur l'Islam et le vivre ensemble, l'Islam et la laïcité, débats essentiels, en parlant du voile intégral. Cette approche ne me semble pas saine. C'est malheureusement l'erreur commise par certains politiques : toujours prendre le problème à son extrême. La majorité des musulmans ne porte pas la burqa. Alors lorsqu'on ouvre un débat sur ce dernier, on ne leur parle pas. Sauf pour leur dire qu'entre islam et burqa il n'y aurait qu'un pas. Ce n'est pas acceptable comme façon de mener le débat. Partie II : Le port du voile Hijab en France
Le port du Hijab est un signe de pudeur, et un signe religieux. Il n'est pas symbole d'une quelconque soumission de la femme, parce qu'à ce rythme là, la mini jupe serait aussi symbole d'une soumission, soumission à une société du toujours plus sexe et une société de la femme objet. Tout n'est qu'une question de point de vue. Certaines féministes défendent l'idée du "voile = soumission et asservissement". Je ne partage pas leur point de vue, je le juge arbitraire et trouve qu'elles font preuve d'unilatéralisme dans leur vision de la liberté. Mais je le respecte pour autant et peut les comprendre.
Sur cette question, mon propos est toujours le même : obliger des femmes à le porter est une privation des libertés, interdire à d'autres de le faire est de la même façon, une privation des libertés.
Je m'appuie sur la liberté des femmes et la liberté de conscience.
Mais en tant que signe religieux le voile peut poser problème. Ce n'était pas le cas depuis 1905, mais la loi a été modifié en 2004, soit. Ne refaisons pas le débat et respectons là.
La difficulté pour traiter cette question, réside dans le fait qu'il n'y a que dans l'islam, qu'un signe de pudeur, un signe culturel peut aussi être un signe religieux. Porter la croix, porter la kippa ne pose pas ce genre de problème. La solution est donc complexe. Aujourd'hui, en me promenant dans la rue, j'ai aperçu des femmes avec toutes sortes de foulards couvrant leur tête. J'en ai vu des plus fantaisistes, aux plus sobres. Parmi tous ces foulards, lesquels sont considérés par la loi de 2004 comme des tenues par lesquelles ces dames manifestaient ostensiblement une appartenance religieuse ? Ou est-ce qu'on met la limite ? Qui dit que ce n'est pas tout simplement un foulard pour cacher ses cheveux, qu'elles soient chrétiennes, juives ou athées ?
Que fait-on de celles qui considèrent le voile comme un habillement, au même titre qu'un chemisier, celles qui se sentent dénudées sans ce voile, le tout sans aucune considération religieuse. Soit l'école de la République les obligent à se dénuder, soit elles sortent de l'école publique. Ce n'est pas du tout le majorité, mais ces cas existent et rendent le sujet très difficile à traiter.
Partie III : Le port du voile intégral en France
Il n'est pas islamique, on l'a dit plus haut. Seulement, certaines personnes le portent.
On sait tous que la burqa peut poser des problèmes de sécurité dans l'espace publique, car il en résulte une incapacité à identifier la personne qui est en face de nous. Cet argument est juste, mais traiter la question de cette façon serait "botter en touche".
Il faut d'abord travailler avec la communauté musulmane, pour répandre l'idée que la burqa n'est pas islamique. Les politiques françaises y arriveraient si elles dialoguaient plus avec les penseurs musulmans de France et relayaient leur parole.
De toutes les façons on le voit bien, moins de 2000 personnes sur 4 millions de musulmans portent la burqa en France. 0.05% de gens qui interprètent mal le fait religieux, au fond c'est assez raisonnable.
Ensuite, il faut éviter d'en faire une sujet central de la société, parce que d'une part il concerne une très très faible minorité, et d'autre part, cela masque les vrais problèmes qui sont ailleurs.
Le niqab est souvent le fait de nouvelles converties. Elles ne cherchent pas à pratiquer la religion de la façon la plus radicale. Elles sont très souvent en profonde fragilité et veulent rompre avec l'extérieur. Elles se replient sur elles-mêmes, et le niqab leur permet de se retrancher encore plus. Le problème est sérieux. Si on vote une loi qui interdit le port du niqab dans la rue, ces femmes ne l'ôteront pas, elles resteront enfermées chez elles. En voulant résoudre le problème, on l'aura aggravé.
Ces femmes masquées gênent et je peux le comprendre. Mais c'est au mieux une méconnaissance de le religion et une mauvaise croyance, au pire le signe d'une souffrance profonde. Une loi ne résout rien de tout ça.
Mes perspectives sont simples et précises :
- accompagner la grande partie des penseurs modérés pour qu'ils dispensent une meilleure connaissance du fait religieux. Eux ils sont écoutés par ces femmes et leur message aura plus d'impact que le discours politique.
- ne stigmatiser personne en disant que telle ou telle religion méprise la femme, est violente, etc.. Ces généralisations abusives ne sont pas sérieuses.
- enfin, répondre à la question sociale et travailler au vivre ensemble. C'est l'objet la partie suivante.
Partie IV : L'islam et la laïcité, l'islam et le vivre ensemble.
J'aurais préféré ne pas avoir besoin de traiter cette question. Si tout allait bien, nous n'aurions pas besoin d'en parler.